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Indications de défauts dans les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2

Chronologie et contexte scientifique du dossier

Eté 2012 : découverte d'« indications de défauts »

En été 2012, lors d'une révision planifiée, la cuve du réacteur de Doel 3 fait l'objet d'une inspection par ultrasons. Le but de cette inspection était de vérifier la cuve pour voir si celle-ci ne présentait pas des défauts de type « under-clad defects » (mini ouvertures entre l'acier de la cuve et son revêtement intérieur en inox). Aucun défaut n'a été constaté au niveau du revêtement, mais l'inspection par ultrasons a, par contre, révélé la présence de défauts non identifiés dans l'acier de la paroi de la cuve. Il a dès lors été décidé que le réacteur de Doel 3 ne pourrait pas être redémarré tant que toute la lumière n'avait pas été faite sur la nature et l'origine de ces défauts.

En septembre 2012, la cuve du réacteur de Tihange 2, fabriquée à l'époque par la même entreprise (Rotterdamsche Droogdokmaatschappij), a à son tour subi la même inspection par ultrasons.

L'inspection a identifié sur la cuve de Tihange 2 des défauts similaires à ceux constatés sur la cuve de Doel 3.

Il s'est rapidement avéré que les défauts détectés étaient des microbulles d'hydrogène. Il se peut que, lors de la fabrication de pièces en acier, la concentration d'hydrogène soit trop importante dans la pièce usinée au moment de son refroidissement et de son durcissement. Cela peut mener à la formation de fines bulles dans l'acier. Dans ce cas, ces fines bulles sont alors aplaties lors du forgeage des anneaux composant la cuve.

Ces microbulles aplaties ont une longueur de 12 à 16 mm et une épaisseur de l'ordre de celle du papier à cigarette. Elles présentent une orientation laminaire, ce qui signifie qu'elles sont parallèles à la courbure de la paroi de la cuve.

L'apparition de microbulles d'hydrogène dans des constructions métalliques est un phénomène bien connu et largement étudié en métallurgie. Néanmoins, c'est la première fois que ce phénomène est constaté dans la paroi d'une cuve de réacteur d'une centrale nucléaire en fonctionnement.

À la suite de cette découverte, l'AFCN a décidé que les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 ne pouvaient pas être redémarrés avant que l'exploitant ENGIE Electrabel ait pu démontrer que la présence des microbulles d'hydrogène n'avait aucun impact sur l'intégrité et donc sur la sûreté des cuves.

>> Consulter la note technique d'information de l'AFCN du 03/09/2012

>> Consulter la note technique d'information de l'AFCN du 15/10/2012
 

Mai 2013 : l'AFCN donne son feu vert pour le redémarrage

Après des études approfondies, ENGIE Electrabel a introduit en décembre 2012 deux dossiers de justification (safety case report) argumentant que la sûreté des unités de Doel 3 et de Tihange 2 n'était en rien compromise par la présence des microbulles d'hydrogène dans les cuves des réacteurs. En janvier 2013, l'AFCN a conclu qu'il n'existait aucun élément justifiant l'arrêt définitif des deux réacteurs, mais a toutefois demandé des compléments d'informations à ENGIE Electrabel. Pour y répondre, l'exploitant a alors remis deux addenda complémentaires aux dossiers de justification.

Après avoir minutieusement analysé le dossier et consulté de nombreux experts nationaux et internationaux, l'AFCN a conclu en mai 2013 qu'ENGIE Electrabel avait démontré de manière convaincante que l'exploitation des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 pouvait se poursuivre en toute sûreté. L'AFCN a dès lors donné son feu vert au redémarrage le 17 mai 2013.

L'AFCN a toutefois assorti son feu vert de conditions supplémentaires. L'exploitant devait ainsi achever une série d'actions avant la fin du premier cycle d'exploitation (environ 1 année) suivant le redémarrage.

>> Consulter les dossiers de  justification d'ENGIE Electrabel pour Doel 3 et Tihange 2

>> Consulter les analyses indépendantes du Service de Contrôle Physique d'ENGIE Electrabel sur les dossiers de  justification pour Doel 3 et Tihange 2

>> Consulter le rapport d'évaluation intermédiaire de l'AFCN du 30/01/2013

>> Consulter le rapport du groupe d'expert du Conseil Scientifique du 11/01/2013

>> Consulter le rapport du groupe international d'experts du 15/01/2013

>> Consulter la note technique d'information de l'AFCN du 01/02/2013

>> Consulter l'Addendum au dossier de  justification sur Tihange 2

>> Consulter l'Addendum au dossier de  justification sur Doel 3

>> Consulter les analyses indépendantes du Service de Contrôle Physique d'ENGIE Electrabel sur les addenda aux dossiers de  justification sur Doel 3 et Tihange 2

>> Consulter le rapport d'évaluation final de l'AFCN

>> Consulter les rapports qui sous-tendent la décision de l'AFCN :

Mars 2014 : un test de fragilisation se solde par des résultats inattendus

Une des actions qu'ENGIE Electrabel devait finaliser avant la fin du premier cycle d'exploitation concernait l'accomplissement de tests mécaniques sur des pièces d'acier irradiées présentant des microbulles d'hydrogène. Ce test avait pour objectif de définir dans quelle mesure les propriétés mécaniques de l'acier étaient influencées, sous l'effet de l'irradiation, par la présence de microbulles d'hydrogène. Ces tests étaient nécessaires pour confirmer de manière empirique certaines hypothèses et calculs retenus par ENGIE Electrabel dans son dossier de justification.

Les tests ont été réalisés sur des échantillons provenant d'un générateur de vapeur français (« VB395 ») qui était destiné à une centrale nucléaire, mais qui avait été refusé en raison de la présence de microbulles d'hydrogène dans l'acier. Les échantillons ont tout d'abord été placés dans le réacteur de recherche du Centre d'Etude de l'Energie nucléaire de Mol pour y être irradiés intensivement durant 4 semaines, de manière à simuler la dose de rayonnement cumulée équivalente à celle de 40 années d'exploitation. Les échantillons ont ensuite fait l'objet d'une batterie de tests destinés à étudier leurs propriétés mécaniques. Ces tests ont montré que les propriétés mécaniques des échantillons étaient conformes aux prédictions théoriques, à l'exception de la fragilisation. Les résultats suggéraient que, sous l'effet de l'irradiation, l'acier des échantillons du générateur de vapeur VB395 se fragilisait bien plus rapidement que théoriquement prévu.

Comme les chercheurs n'ont pas immédiatement pu apporter d'explication à ces résultats inattendus, il a été décidé, par mesure de précaution, d'arrêter de nouveau les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 le 25 mars 2014. L'AFCN a décidé que les réacteurs ne pourraient pas être redémarrés avant qu'ENGIE Electrabel ait pu prouver que les conclusions de 2013 (à savoir que la présence des microbulles d'hydrogène n'a pas d'impact négatif sur la sûreté des installations) restaient valables, malgré ces résultats inattendus. Au cours des mois qui ont suivi, ENGIE Electrabel a commandé plusieurs séries de tests au Centre d'Etude de l'Energie nucléaire.

Etant donné que l'étude des propriétés mécaniques des matériaux irradiés constitue un domaine de recherche hyper spécialisé, l'AFCN a sollicité l'aide de plusieurs experts internationaux de renom dans ce domaine pour l'analyse de cet aspect du dossier. Il a été demandé à cette équipe d'experts, baptisée International Review Board, de se prononcer sur la méthodologie que devait utiliser ENGIE Electrabel pour développer les chapitres de ses dossiers de justification de la sûreté portant sur les propriétés mécaniques de l'acier soumis à l'irradiation.
 

Février 2015 : rectification du nombre de microbulles d'hydrogène détectées

En marge de la réalisation des tests mécaniques, ENGIE Electrabel devait également finaliser plusieurs autres actions. Plusieurs de ces actions portaient sur la qualification de la technique d'inspection par ultrasons qui avait été appliquée pour détecter les microbulles d'hydrogène en été 2012. ENGIE Electrabel devait plus précisément pouvoir démontrer que la technique de dimensionnement utilisée permettait de détecter toutes les microbulles et de déterminer correctement leurs dimensions.

Des tests ont révélé que la technique d'inspection par ultrasons permettait effectivement de repérer la présence de ce type de défauts, mais que le seuil de détection devait être abaissé pour pouvoir garantir la visualisation de tous les défauts. Par ailleurs, il a également été observé que la méthode retenue pour l'interprétation des résultats de mesure pouvait être améliorée.

En 2014, les cuves ont fait l'objet de nouvelles inspections par ultrasons, réalisées au moyen de cette nouvelle procédure d'inspection qualifiée. Cela a permis de détecter environ 60% de défauts de plus que lors de l'inspection précédente, grâce à l'abaissement des seuils de détection. Il a en outre été constaté une augmentation de la longueur moyenne et maximale des microbulles dans la mesure où la nouvelle méthode d'interprétation prescrivait que les microbulles situées à proximité les unes des autres devaient être considérées comme une seule et même microbulle de plus grandes dimensions.

Une analyse des résultats des inspections par ultrasons de 2012 et 2014, pour lesquelles ont été utilisées les mêmes méthodes d'interprétation et seuils de détection, indique cependant que le nombre de microbulles d'hydrogène n'a pas augmenté et que leur taille n'a pas évolué entre 2012 et 2014.

L'AFCN a eu recours à l'expertise de l'organisme de contrôle agréé AIB-Vinçotte pour l'évaluation des résultats de la qualification de la technique d'inspection par ultrasons.
 

Juillet 2015 : ENGIE Electrabel remet ses dossiers de justification à l'AFCN

Le 17 juillet 2015, ENGIE Electrabel a remis à l'AFCN ses dossiers de justification de la sûreté de Doel 3 et Tihange 2. Comme l'avait imposé l'AFCN, ces dossiers s'articulaient autour de trois thèmes principaux, les résultats des tests des thèmes 1 et 2 étayant la justification du thème 3 :

  1. la détection, le dimensionnement et la localisation des indications de défauts ;
  2. les propriétés mécaniques de matériaux contenant des microbulles d'hydrogène et l'évolution de ces propriétés mécaniques sous l'effet de l'irradiation ;
  3. l'intégrité structurelle d'une cuve présentant ce type de défauts.

Après avoir reçu les dossiers de justification d'ENGIE Electrabel, l'AFCN en a envoyé des copies aux experts externes impliqués dans la révision finale.

L'organisme agréé AIB-Vinçotte a ainsi rédigé un rapport d'évaluation sur le premier thème. Un contrat a été conclu avec l'organisme américain Oak Ridge National Laboratory pour la réalisation d'une évaluation des hypothèses, de la méthodologie, des calculs et de l'interprétation des résultats d'ENGIE Electrabel. Ce laboratoire américain a à son tour réalisé les calculs d'intégrité structurelle avec ses propres hypothèses, méthodologie et codes informatiques. Bel V, la filiale technique de l'AFCN, a effectué sa propre révision de l'ensemble du dossier. Enfin, un groupe de travail composé de quatre professeurs belges s'est penché sur la question de savoir si les microbulles pourraient s'aggraver suite à la migration d'hydrogène à travers les parois de la cuve.

Au cours des mois qui ont suivi, l'AFCN a réceptionné un à un les rapports des différents groupes d'experts externes, qu'elle a comparés avec les conclusions de ses experts.
 

Novembre 2015 : l'AFCN donne son feu vert au redémarrage de Doel 3 et Tihange 2

Sur base de sa propre analyse et des rapports des différents groupes d'experts, l'AFCN conclut qu'il ne subsiste aucun élément de nature à empêcher un redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2.

ENGIE Electrabel a pu démontrer que les résultats inattendus des tests de mars 2014 s'expliquaient probablement par les propriétés spécifiques du matériau de l'échantillon utilisé. Les tests réalisés sur les échantillons de matériau présentant des microbulles d'hydrogène et sur le matériau des cuves mêmes ont révélé qu'une irradiation prolongée n'avait pas d'impact anormal sur les propriétés mécaniques des cuves de Doel 3 et Tihange 2.

L'intégrité structurelle des cuves de Doel 3 et Tihange 2 est conforme aux normes de sûreté imposées et la présence de microbulles d'hydrogène n'a pas d'impact négatif sur la sûreté des centrales.

>> Lire notre communiqué du 17/11/2015 : "L'AFCN autorise le redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2"

>> Consulter les dossiers de  justification d'ENGIE Electrabel pour Doel 3 et Tihange 2

>> Consulter les analyses indépendantes du Service de Contrôle Physique d'ENGIE Electrabel sur les dossiers de  justification pour Doel 3 et Tihange 2

>> Consulter le rapport d'évaluation final de l'AFCN

>> Consulter les rapports qui sous-tendent la décision de l'AFCN :

Janvier 2016 : l'AFCN convie les autorités de sûreté à une réunion d'information internationale

Les 11 et 12 janvier 2016, l'AFCN a organisé à Bruxelles un workshop international sur le dossier, à l'attention des autorités de sûreté. Ont participé à cette réunion une cinquantaine d'experts de quinze pays (Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Espagne, États-Unis, France, Hongrie, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, République Tchèque, Suède et Suisse), ainsi que des experts de l'Union Européenne, de l'OCDE et de l'AIEA.

Mars 2016: théorie du professeur Walter Bogaerts

Début 2015, messieurs Bogaerts et MacDonald ont fait part de leur théorie. Selon eux, de «hydrogen blistering/ hydrogen corrosion», de l'hydrogène serait généré dans l'eau du circuit primaire en raison d'une réaction de corrosion ou de radiolyse. La diffusion de cet hydrogène au travers de la matière du réacteur et son accumulation au cours du temps dans le flocons d'hydrogène conduirait à la croissance des defauts.

L'AFCN a déjà évalué cette hypothèse du professeur Bogaerts dès 2015 dans le cadre de l'évaluation de sûreté de Doel 3 et Tihange 2. Afin d'évaluer la pertinence de cette hypothèse, l'AFCN a mis sur pied un groupe d'experts, le National Scientific Expert Group (NSEG). Ce groupe incluait aussi des experts recommandés par le professeur Bogaerts lui-même.

L'AFCN a soumis cette théorie, présentée par le professeur Bogaerts lui-même, à ce groupe d'experts. Aucun expert du NSEG n'a soutenu la théorie du professeur Bogaerts. L'AFCN a publié en novembre 2015 un rapport dédié à ce sujet expliquant en détail pourquoi les phénomènes mentionnés ne peuvent se produire dans les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2.

En mars 2016, une interview du professeur Bogaerts a été publiée dans le magazine Knack. Une réponse complete de l'AFCN à cette interview a été publiée sur le site web de l'AFCN. Depuis lors, le professeur n'a soumis aucune nouvelle information à l'AFCN sur ce sujet.
 

Juin 2017: pas d'évolution des flocons d'hydrogène

Le 17 novembre 2015, l'AFCN a accepté le redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 après 3 ans et demi d'investigations suite à la découverte d'indications de microbulles d'hydrogène dans les cuves de ces deux réacteurs. Au terme de cette évaluation et sur base de l'avis de plusieurs groupes d'experts indépendants, l'AFCN concluait que l'ensemble des préoccupations de sûreté soulevées par ce dossier avaient reçu des réponses satisfaisantes. Néanmoins, l'AFCN exigeait d'ENGIE Electrabel des réinspections à intervalles réguliers des cuves de ces réacteurs, conformément aux pratiques recommandées pour les équipements sous pression. L'AFCN demandait donc à ENGIE Electrabel d'inspecter à nouveau, et avec la même méthode qualifiée pour la détection des microbulles d'hydrogène, les cuves des deux réacteurs dès leur premier arrêt de tranche pour rechargement de combustible, et après cela au moins tous les trois ans.

Compte tenu des spécificités des cycles du combustible des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 (périodes respectives de 12 mois et 18 mois), et de leurs dates de redémarrage effectif, ces réinspections ont été conduites par ENGIE Electrabel en novembre 2016 dans la cuve du réacteur de Doel 3 et en avril 2017 dans la cuve du réacteur de Tihange 2.

Ces inspections menées à l'aide d'une technique de caractérisation des défauts par ultrasons visent à réaliser le suivi de la population de microbulles d'hydrogène. La population de microbulles considérée comme la base de référence pour les comparaisons est celle obtenue lors des inspections menées en 2014, pour laquelle la précision des appareils de mesure et de la procédure d'interprétation des résultats ont été sensiblement augmentées. La procédure d'inspection par ultrasons et d'interprétation des résultats à utiliser est de même celle utilisée en 2014 et formellement qualifiée fin 2015 par l'autorité de sûreté pour la détection, le positionnement et le dimensionnement des microbulles.

A la suite de ces réinspections menées en novembre 2016 à Doel 3 et en avril 2017 à Tihange 2, l'AFCN a publié sur son site web les conclusions principales de son évaluation et n'a émis aucune objection au redémarrage des réacteurs pour leurs prochains cycles de combustible.

Le processus de caractérisation des indications de microbulles d'hydrogène à l'aide d'une méthode non-destructive par ultrasons est une technique expérimentale, dont les résultats comportent des variations de mesure. Le principe majeur de cette technique consiste à émettre des signaux par ultrasons au travers du métal des cuves des réacteurs et de mesurer l'atténuation des signaux réfléchis pour donner une image des microbulles contenus dans ce métal. Ces inspections par ultrasons sont ainsi réalisées en insérant une machine d'émission et d'analyse des ultrasons au sein de la cuve du réacteur. Cette machine permet d'inspecter l'ensemble des viroles de cuves par pas d'environ 2 cm et d'ainsi caractériser les indications défauts avec une précision relativement importante mais qui dépend de nombreux paramètres dont la focale de la machine, l'épaisseur de la cuve, l'emplacement du défaut ou de propriétés telles que la température de l'eau contenue dans le réacteur.

La complexité du processus de réinspection est encore accrue par le fait que c'est un réel défi de repositionner cette machine exactement au même emplacement de départ lors de chaque réinspection.

Il en résulte que les caractéristiques de l'ensemble des microbulles détectées dans les cuves des réacteurs subissent entre chaque réinspection de légères variations dues à la technique et aux positionnement des mesures. C'était le cas lors de la comparaison des résultats des inspections menées en 2013 et 2014 avec une procédure d'inspection identique (mais moins précise que la procédure qualifiée en 2015). Il s'agit d'un phénomène bien connu des experts de la détection de défauts par ultrasons, qui ont défini des critères stricts permettant de déterminer si une variation de taille d'une indication de défaut est représentative ou non d'une évolution réelle de la taille de ce défaut. Cela signifie que pour un seul et même défaut, les chiffres caractérisant sa taille et son inclinaison obtenus lors d'une inspection différent très légèrement des résultats enregistrés lors des inspections précédentes.

Les rapports d'inspection disponibles ci-dessous décrivent précisément les résultats complets et détaillés des réinspections menées en 2016 à Doel 3 et 2017 à Tihange 2, comparés à la population de référence enregistrée lors de l'inspection menée en 2014. Ces documents mettent en évidence, comme prédit par la théorie et prévu dans les procédures d'inspection, des variations de taille de pratiquement l'ensemble des microbulles détectés dans les viroles de cuve. Ces variations légères satisfont pleinement les critères pour assurer la non-évolution en taille de ces microbulles pour plusieurs raisons: d'une part, les études statistiques montrent que sur l'ensemble de la population de microbulles, la distribution des variations de taille des microbulles est centrée sur zéro. Ce qui signifie qu'un nombre équivalent de microbulles voient leur dimensions grandir que rétrécir. D'autre part, les variations de taille enregistrées (tant en accroissement qu'en rétrécissement) satisfont complètement aux critères de non-évolution. Ce qui signifie que les variations de taille sont inférieures aux variations considérées comme acceptables en cas de réinspection par ultrasons. Ces variations ne sont donc pas représentatives d'un phénomène réel mais sont induites par le processus de mesure des microbulles, et ne remettent aucunement en cause la résistance de la cuve et par conséquent, la sûreté du réacteur. La protection de la population, les travailleurs et l'environnement contre les incidences négatives des rayonnements ionisants a donc été garantie.

Par ailleurs, un peu plus de 300 indications supplémentaires à Doel 3 et 70 indications supplémentaires à Tihange 2 ont nouvellement dépassés le seuil de notation lors des réinspections menées respectivement en 2016 et 2017. Lors des inspections menées en 2014, ces indications étaient bien présentes mais les signaux ultrasons qu'elles réfléchissaient étaient trop atténués pour dépasser le seuil défini dans les critères d'acceptation pour considérer un signal comme une indication de défauts. En raison de certaines variations des conditions d'inspection, ces indications ont dépassé ce seuil de notation lors des dernières réinspections. De façon similaire, d'autres indications ont fait le chemin inverse et sont passés sous ce seuil de détection de telle sorte qu'elles n'apparaissent pas dans la population de défauts rapportées en 2016 et 2017.

Comme l'ensemble de ces microbulles d'hydrogène nouvellement rapportés ont pu être expliqués scientifiquement ou retrouvés dans les signaux enregistrés dans les inspections précédentes, l'analyse de ces résultats a permis de conclure à l'absence d'apparition de nouveaux flocons d'hydrogène ainsi qu'à l'absence d'évolution en taille des flocons d'hydrogène déjà détectés.

>> Consulter les rapports d'inspection de Doel 3 et de Tihange 2

>> Lire les communiqués publiés :

Septembre 2017: réaction de l'AFCN sur les critiques des professeurs de la KU Leuven

Mi-septembre 2017, les médias ont relayé les préoccupations des professeurs René Boonen, Jan Peirs et Walter Bogaerts de la KU Leuven concernant les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. L' AFCN a par le passé été à plusieurs reprises à l'écoute de ces experts et a analysé avec attention leurs critiques. Nous vous livrons nos conclusions.

>> Lire le communiqué publié:

Juillet 2018 : publication du rapport de la RSK

Depuis 2012, la problématique des flocons d'hydrogène est également suivie à la loupe en Allemagne par la commission Reaktor-Sicherheitskommission (RSK) pour le compte du Bundesministerium für Umwelt, Naturschutz und Reaktorsicherheit (BMU, l'autorité de sûreté allemande). Cette commission d'experts a analysé les nombreux dossiers de justification volumineux et autres documents publiés sur le site web de l’AFCN. La RSK a soumis trois groupes de questions à l’AFCN pour que celle-ci clarifie les aspects sur lesquels la commission continuait de s’interroger.

Soucieuse d’entretenir des relations franches et constructives avec ses parties prenantes et de tendre vers une expertise indépendante, qualifiée et multidisciplinaire, l’AFCN a travaillé sur ces questions en toute transparence avec sa filiale Bel V.

Le 9 juillet, la RSK a publié son rapport final sur le sujet. Celui-ci confirme que la commission a reçu toutes les informations détaillées qu’elle a demandées et que l’autorité belge a répondu aux questions allemandes avec le professionnalisme requis.

L’AFCN a accueilli ce rapport de la RSK et ses conclusions comme la confirmation de sa décision selon laquelle l’exploitation des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 pouvait se poursuivre en toute sûreté, en dépit de la présence de flocons d'hydrogène dans les cuves des réacteurs.

>> Lire le communiqué publié :

>> Consultez la communication du RSK/BMU (EN)

>> Consultez le rapport du RSK (DE)

Acteurs du dossier

Vu le caractère unique et complexe de ce dossier, l'AFCN a mis au point un processus d'évaluation spécifique. Elle s'est entourée de nombreux experts et basera sa décision définitive sur chacun de leurs avis et sur sa propre analyse. Le rôle de chacun des acteurs est décrit ci-dessous :

  • ENGIE Electrabel : doit justifier à l'AFCN que l'intégrité structurelle des cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 n'est pas mise en péril par la présence des défauts dus à l'hydrogène.
  • AFCN : analyse la justification d'ENGIE Electrabel ainsi que l'ensemble des avis émis par les experts qu'elle a mandatés et prend sur cette base la décision finale quant à l'avenir de chacun des deux réacteurs.
  • Bel V (filiale technique de l'AFCN) : réalise une analyse complète des dossiers de justification d'ENGIE Electrabel, au même titre que l'AFCN.
  • AIB-Vinçotte (organisme agréé) : est spécialisé dans la technique d'inspection par ultrasons et dans l'analyse des données relatives à la détection, au positionnement et au dimensionnement des défauts dus à l'hydrogène.
  • Autorité de sûreté nucléaire belge : AFCN, Bel V et AIB-Vinçotte
  • International Review Board (panel d'experts internationaux spécialisés dans le domaine des effets de l'irradiation sur les propriétés mécaniques des matériaux) : se penche sur les tests réalisés par ENGIE Electrabel pour évaluer l'impact de l'irradiation sur la fragilisation de l'acier des cuves de Doel 3 et Tihange 2.
  • National Scientific Expert Group (groupe composé de 4 professeurs d'université belges, mandatés par le Conseil Scientifique des Rayonnements Ionisants) : évalue la consistance d'une hypothèse d'un agrandissement des défauts qui pourrait être provoqué par la diffusion d'hydrogène moléculaire depuis la cuve vers les parois, s'accumulant dans les défauts jusqu'à causer leur élargissement.
  • Oak Ridge National Laboratory (laboratoire américain) : réalise pour le compte de l'AFCN une évaluation indépendante et complète des dossiers de justification d'ENGIE Electrabel.

Situation des autres réacteurs belges

La cuve de Tihange 1 a été soumise à une inspection ultra-sonique lors de son arrêt pour rechargement en mai 2013. Aucun défaut dû à l'hydrogène n'a été détecté.

La cuve de Tihange 3 a aussi été soumise au même type d'inspection lors de son arrêt en septembre 2013. Aucun défaut dû à l'hydrogène n'a été détecté.

Les inspections des cuves de Doel 4 et de Doel 1 ont été réalisées respectivement en septembre et en octobre 2015. Aucun défaut dû à l'hydrogène n'a été détecté.

L'inspection de la cuve de Doel 2 a été réalisée en novembre 2015. Aucun défaut dû à l'hydrogène n'a été détecté.