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Contamination radiologique historique à Olen

Contamination radiologique historique à Olen

Les activités historiques de production de radium de l’ancienne Union Minière sur le site d’Olen ont engendré une contamination dispersée à l’intérieur du périmètre (mais également à l’extérieur) de l’actuel site d’Umicore à Olen. Cette contamination dispersée fut générée notamment par le stockage des matières premières, des sous-produits et résidus ainsi que par l'émission des eaux usées traitées suite aux activités de production de radium. Afin de remédier partiellement à cette contamination dispersée, Umicore a construit sur son site d’Olen plusieurs installations d’entreposage de déchets radioactifs pour stocker les terres contaminées. Ces installations d’entreposage de déchets radioactifs sont des installations nucléaires de classe 2 autorisées par l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) :

  • UMTRAP : cette installation contient les vestiges de la période de production de radium, des terres contaminées issues de l’assainissement de l’ancienne usine ainsi que des matériaux pollués ;
  • Bankloop : cette installation contient les terres contaminées issues de l’assainissement du Bankloop, ruisseau traversant la commune d’Olen et dans lequel les effluents liquides de l’usine de radium ont été déversés ;
  • LRA 1, LRA2 et LR3 : ces trois installations servent à entreposer les terres contaminées provenant de travaux d’infrastructure sur le site d’Olen et de son assainissement.   

En plus de ces installations autorisées, des contaminations radioactives sont également encore présentes sur d’autres sites d’Olen appartenant ou non à Umicore:

  • D1 : sur cette ancienne décharge ont été déversés des résidus de la production de métaux non-ferreux (y compris de radium) ainsi qu’une partie des débris des anciens bâtiments de production de radium;
  • S1 : cette ancienne décharge, également appelée « Bruine Berg » contient également des résidus de la production de métaux non-ferreux et des boues de dragage du Bankloop, contaminées au radium.
  • Dans une moindre mesure, des contaminations sont également présentes sur l’ancienne décharge « IOK » (Intercommunale Ontwikkelingsmaatschappij voor de Kempen) ;
  • Certaines contaminations résiduelles n’ont pas pu être enlevées lors de l’assainissement du Bankloop et il y a encore de la contamination résiduelle sous certaines rues d’Olen et Geel.

Finalement, le site de l’usine d’Umicore à Olen présente également une contamination clairsemée sur l’ensemble de son périmètre.    

La figure 1 ci-dessous donne la localisation des différentes installations nucléaires de Classe 2 visant à l’entreposage de terres contaminées sur le site d’Umicore à Olen. Elle indique également l’emplacement des décharges D1 et S1.


Figure 1 : Localisation des différentes installations nucléaires de classe 2 visant à l’entreposage de terres contaminées sur le site d’Umicore à Olen. Les décharges D1 et S1 sont également indiquées.

Impact sur la population

Les contaminations radioactives à Olen ont fait l’objet d’une vaste campagne de mesures et de caractérisation menée par le SCK CEN dans les années 1990. Cette campagne de mesure a inclus tant les zones de décharges (comme le D1) que les rives du Bankloop et les habitations.

En effet, un des produits de la désintégration radioactive du radium est le gaz radon. Ce gaz peut s’accumuler dans les maisons et constitue généralement le risque d’exposition le plus important pour la population.

Lors de la campagne des années 1990, la concentration en radon a été mesurée dans plus de 800 habitations d’Olen et de Geel. La valeur maximale mesurée (dans une pièce de vie) était de 400 Bq/m3 – cette concentration plus élevée était causée par la contamination au radium dans le sous-sol de la maison concernée, contamination qui a pu être assainie immédiatement à l’époque.

Bien que les contaminations, en particulier sur la décharge D1, atteignent parfois un niveau important, leur impact sur la population reste heureusement limité. En effet, la décharge D1 est clôturée et n’est donc pas accessible au public. La contamination sur les terrains accessibles au public est beaucoup plus faible et n’entraîne pas d’exposition significative en cas de présence occasionnelle sur la zone contaminée.

Les installations autorisées d’entreposage de matériaux radioactifs sur le site d’Umicore font par ailleurs l’objet d’un monitoring environnemental (mesure du radon dans l’air ambiant et mesure de la radioactivité des eaux souterraines). L’AFCN effectue également des mesures par échantillonnage dans le cadre de son programme de surveillance radiologique. Les résultats de ce monitoring environnemental sont synthétisés dans les rapports de surveillance radiologique de l’AFCN. 

Bien que l’impact radiologique actuel de la contamination présente à Olen soit limité, il pourrait devenir significatif en cas de changement d’affectation des terrains concernés. La contamination constitue ainsi un frein au redéveloppement de ces terrains et nécessite un suivi permanent. Une stratégie globale d’assainissement s’impose donc. 

Stratégie et plan d'action des autorités compétentes

Les autorités sont conscientes de la nécessité d’assainir les contaminations présentes à Olen. Déja au début des années nonante, le ministère de la Santé avait initié les campagnes de caractérisation de la contamination et, en 1993, une commission d’accompagnement a réuni les différents acteurs concernés (ministère, ONDRAF et région flamande) afin d’établir un plan global d’approche des contaminations. Dans ce cadre, en 2000, le Service de Protection contre les Rayonnements ionisants du ministère de la Santé (ancêtre de l’AFCN) demande à Umicore d’assainir la décharge D1 en intégrant cet assainissement dans une solution globale des contaminations radifères d’Olen. Cette demande a mené à l’établissement du projet « BRAEM » visant à la fois l’assainissement du D1 et du Bankloop. Une révision du projet « BRAEM » mènera à la mise en œuvre effective de l’assainissement du Bankloop en 2007.

Malheureusement, l’assainissement de la décharge D1 n’a pas pu être effectuée dans le cadre du projet BRAEM en raison notamment d’incertitudes sur le cadre juridique des assainissements et sur le statut des déchets résultant des opérations d’assainissement.

L’AFCN et l’ONDRAF, en dialogue avec Umicore et l’OVAM, ont continué à œuvrer au développement d’une approche globale des contaminations d’Olen. Cela a conduit en 2020 à la publication d’une note de vision commune de l'AFCN et de l'ONDRAF. Cette vision est notamment basée sur une ségrégation des matériaux contaminés en quatre fractions :

  • Une fraction de contamination négligeable (moins de 0,1 Bq/g de radium) qui ne nécessite aucun traitement spécifique ;
  • Une fraction de contamination modérée (entre 0,1 et 15 Bq/g) : bien que non-négligeable, les risques liés à un tel niveau de contamination peuvent être maîtrisés par les mêmes méthodes que celles appliquées aux contaminations non-radioactives. Ces matériaux ne doivent donc pas être considérés comme des déchets radioactifs ;
  • Une fraction de contamination significative (entre 15 et 1000 Bq/g) qui devra être traitée comme déchet radioactif mais pourra être stockée dans un stockage à faible profondeur ;
  • Une fraction de contamination aigue (plus de 1000 Bq/g) qui devra être enfouie comme déchet radioactif dans un stockage géologique.

L’approche consistant à gérer les matériaux de contamination modérée de la même façon que les sols contaminés par des substances non-radioactives a été appliquée à d’autres sols pollués, notamment les sites de l'ancienne industrie des phosphates. 

La note de vision envisage une stratégie commune pour les sites encore à assainir et pour les matériaux entreposés dans les installations autorisées « Bankloop » et « LRA ». L’installation UMTRAP n’est cependant pas intégrée dans cette approche globale parce que le type de matériaux présents dans cette installation ainsi que leur degré de contamination sont en effet d’une nature fortement différente.

Interaction avec les parties prenantes

L’AFCN et l’ONDRAF ont entamé un dialogue avec les parties prenantes – en premier lieu Umicore et l’OVAM (Openbare Vlaamse Afvalstoffenmaatschappij) - afin de traduire la note de vision en actions concrètes.

Les principes de la note de vision ont d’ores et déjà été réglé avec Umicore et l'OVAM. Des groupes de travail ont été mis sur pied afin de travailler sur les différents aspects de la solution d’assainissement :

  • La centralisation de la documentation existante sur la contamination ;
  • La collecte de données complémentaires sur la caractérisation de la contamination et son impact ;
  • L’élaboration des options d’assainissement ;
  • L’identification des éléments du cadre réglementaire encore à compléter.

Feuille de route

Le 27 avril 2021, l'AFCN, l'ONDRAF, Umicore et l'OVAM ont approuvé une feuille de route (uniquement disponible en néerlandais) pour le projet d'assainissement et de stockage du site historiquement contaminé à Olen. Cette feuille de route évoluera au fur et à mesure de l'avancement des différentes phases.

Historique

En 1915, un prospecteur de l’Union Minière découvre des minerais uranifères dans le gisement de Shinkolobwe au Katanga. En 1921, cette prospection est élargie et l’Union Minière développe un procédé de fabrication visant à extraire le radium de ce minerai uranifère. Le 15 décembre 1922, les trois premiers grammes de radium sont produits dans l’usine de l’Union Minière située à Olen. Celle-ci devient la première productrice de radium dans le monde jusqu’aux années 1930 où elle entre en concurrence avec une importante production canadienne. Le radium produit à Olen est conditionné en aiguilles de radiothérapie dans le laboratoire de l’Union minière situé à Woluwe-Saint-Lambert. Parallèlement, de l’uranium est également produit à partir des résidus de l’extraction du radium. Cette production d’uranium a d’abord lieu à Bruxelles (Forest) puis est transférée à Olen pendant la Seconde Guerre mondiale.

La production de radium à Olen décline après la Seconde Guerre mondiale. En effet, le radium est de moins en moins utilisé et est remplacé par d’autres radionucléides dans les applications de radiothérapie. La production s'est arrêtée définitivement vers 1970 et les bâtiments de production ont été démantelés par le SCK au début des années 1980. Les résidus de ce démantèlement ont été essentiellement stockés dans l’installation de stockage UMTRAP. Une autre partie a été transférée au SCK puis chez Belgoprocess. Enfin, une fraction des résidus de démantèlement a été enfouie sur la décharge D1.

La production de radium à Olen a cependant conduit à une contamination de l’environnement. Les rejets liquides de l’usine d’Olen étaient en effet déversés dans le ruisseau du Bankloop. En conséquence, sédiments et berges du Bankloop ont été contaminés par du radium et d’autres métaux. Le Bankloop a été entre-temps assaini (en 2007). Par ailleurs, certains résidus de production ont été utilisés dans le passé comme remblais dans le cadre de travaux d’infrastructure – ce qui a mené à la contamination de certaines rues d’Olen et de Geel et du site de l’usine elle-même.

                                        
                                   Fig.: Construction de l’installation UMTRAP (source : Umicore)

 

Date de la dernière mise à jour : 
21/05/2021